Collections | Volume 7 | numéro 1

Littérature

La maladie en fiction

Des récits poignants

Du Malade imaginaire à L’ami qui ne m’a pas sauvé la vie d’Hervé Guibert, les écrivains traitent depuis toujours des souffrances infligées par les affres du corps. Que ce soit l’empêchement majeur d’exister qui donnera la Nausée à Sartre jusqu’au cancer sordide et fatal qui cloue Fritz Zorn à son lit, l’histoire de la littérature regorge de témoignages parfois cinglants, à d’autres moments mélancoliques, qui attestent du passage des virus, des bactéries et des  désordres de toutes sortes dans nos boyaux et  tissus. La maladie est d’abord et avant tout un obstacle à contourner, une épreuve à subir, mais elle peut s’avérer également une professeure de réclusion, une éducatrice du lâcher-prise ou un prétexte pour s’insurger contre un régime politique, pensons seulement au Pavillon des cancéreux de Soljenitsyne.

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Des essayistes contemporains tel Steven Pinker pourront nous rétorquer qu’aujourd’hui, dans notre monde civilisé et confortable, nous ne sommes plus aux abois et nous vivons sans doute la plus belle époque de l’humanité en ce qui a trait au taux incroyable de guérisons de nos pauvres organes, ces surfaces vivantes livrées toutes crues aux pires dérèglements et aux perpétuelles attaques d’une brigade d’infections. En effet, aucun renifleur las et grincheux qui se plaint dans une salle d’attente d’une urgence ne souhaiterait revenir à l’époque des médecins farfelus de Molière. Notre société nourrie aux antibiotiques et soignée au laser est venue à bout de nous débarrasser de plusieurs désagréments corporels.

Ce qui aurait dû nous procurer une vie de bonheur absolue, baignant dans les eaux pures de la santé angélique. Mais ce serait oublier les innombrables maux de l’esprit, ces symptômes qui font de nous des affligés de peu, de rien, de tout. La littérature est elle-même considérée par l’écrivain Enrique Vila-Matas telle une maladie, un mal, celle de son personnage de Montano. Bref, tout ça pour dire que dans la fiction québécoise actuelle, les déglingués par la vie, les brisés par des traumas ou les obsédés par des pensées qui les minent sont légion.

Collections vous propose ici quelques titres parus dans les dernières années qui abordent à la fois les blessures psychiques de différentes natures, que ce soit l’angoisse, la dépression ou la mélancolie, mais aussi l’Alzheimer et certaines maladies fatales.

Bertrand Laverdure

Suggestions de livres

Ta mort à moi

David Goudreault

David Goudreault a obtenu un succès phénoménal avec ses trois premiers romans qui forment le cycle de la Bête, réédité en un tome, La Bête intégrale. Avec Ta mort à moi, le poète devenu romancier réussit son retour à la prose en nous offrant une œuvre puissante et grave, lucide et mélancolique. Marie-Maude Pranesh-Lopez, née en 1980, surdouée, dépressive, « la nouvelle Nelligan », « une Gaston Miron réincarnée », née d’une mère et d’un père immigrants et vivant à Saint-Éphrem-de-Beauce, a le mal de vivre. Ce « trou blanc » qu’elle charrie l’affuble de trop grandes ailes, comme l’albatros de Baudelaire, pour ne pas ruer dans les brancards, s’exaspérant des « imbéciles ». Son destin extraordinaire la mène jusqu’au Laos, ou encore à commettre un scandale chez Bernard Pivot. Un roman noir et ambitieux qui traite de la vie furieuse et sans peur d’une mésadaptée exceptionnelle.

Stanké, 338 p., 2019 24,95 $

La mort de Roi

Gabrielle Lisa Collard

Dans son premier roman La mort de Roi, d’une belle verdeur cynique, Gabrielle Lisa Collard, collaboratrice à Urbania, Clin d’œil, Elle Québec et Châtelaine, parle de la naissance d’un monstre. Sortant des sentiers battus, elle nous offre l’histoire d’une sociopathe « petite grosse de cinq pieds quatre ». En apparence, tout semble aller dans la vie de cette jeune femme vivant avec son chum et son chien Roi. Mais à la mort de son animal s’enclenche des courts-circuits de haine dans son cerveau déjà malade. Il faut dire que dès son enfance, « ça criait très fort dans [sa] tête ». Sa sœur Gi, qui l’a toujours protégée et lui voue une loyauté sans faille, ne suffit pas à la retenir. Des gestes tragiques seront perpétrés. Nous comprenons petit à petit que les multiples carences affectives de sa jeunesse, jointes à son désir étrange d’entrer par effraction chez les gens, l’entraineront sur une pente macabre.

Le Cheval d’août, 132 p., 2019 21,95 $

Bannie du royaume

Valérie Roch-Lefebvre

La famille est un mobile fragile. Le personnage d’Isabelle dans Bannie du royaume l’exprime ainsi : « Le risque de déplacer par mégarde les éléments qui tiennent sa famille en équilibre la hante. » Valérie Roch-Lefebvre, dans son premier roman, explore les conséquences de la maladie mentale sur trois générations. L’auteure manie une prose poétique où s’entrechoquent les références aux membres de la fratrie. Maurice, le père sans emploi, d’une beauté sans précédent, mais dépressif, a tous les symptômes de l’Alzheimer. La vie de ses enfants, Mario, Denis, Laurent et Sylvie, a été déterminée par la réaction qu’ils ont eue face à ce père, finalement absent. Jeannine, la mère de Maurice, dont on suit les pérégrinations psychologiques tout au long du livre, est une pianiste frustrée. Personne n’y est tout à fait épargné, mais la vie se perpétue, malgré les embûches.

La Mèche, 167 p., 2019 22,95 $

Promets-moi un printemps

Mélissa Perron

Premier roman de Mélissa Perron, Promets-moi un printemps parle de dépression, mais toujours en gardant la tête hors de l’eau. Fabienne (mélange entre « fabuleuse » et « martienne »), est une jeune peintre de trente ans à qui tout réussit. Ses toiles se vendent, elle a un agent, Etienne, un amoureux, Friedrich, et une amie, Anna, précieuse et dévouée. Toutefois, un jour, sa vie dérape : elle se réveille et plus rien n’a de sens autour d’elle. Fabienne tombe dans une dépression majeure. Ce qu’elle apprend sur la mort de son père la bouleverse et la plonge dans le noir. Courageuse, malgré sa langueur harassante, elle se décide à aller consulter. Pour faire comprendre aux gens que sa maladie est sérieuse, elle ment à sa mère, prétendant qu’elle a un cancer. Les lecteurs suivront ensuite son parcours, de sa frustration insidieuse à sa rédemption. Un roman qui enseigne l’espoir à ceux qui pensent qu’il peut parfois disparaître.

Hurtubise, 241 p., 2019 22,95 $

Chienne

Marie-Pier Lafontaine

Une jeune fille se fait battre par son père. C’est d’abord un jeu sadique, puis ça devient un mode de relation entre lui et deux de ses filles. Doté d’un esprit cruel, pervers et déséquilibré, le père imagine humilier ses enfants en leur demandant de parader devant lui à quatre pattes. L’écriture naît de cette confrontation insoutenable entre une enfant battue et son père dominateur. Chaque page de ce livre succinct expose l’étendue de cet affront criminel, de cette expérience silencieuse qui se déroule sur le fil de l’inceste. Roman troublant, autofiction percutante, le premier livre de Marie-Pier Lafontaine est aussi sauvage et dur que le premier de Christine Angot. Chienne a été retenu dans la sélection du Prix des libraires 2020.

Héliotrope, 112 p., 2019 19,95 $

Il préférait les brûler

Rose-Aimée Automne T. Morin

Animateur de Télé-Métropole déchu, bel homme, séducteur impénitent et être humain qui prône la jouissance à tout prix comme mode de vie, le père de Rose-Aimée Automne T. Morin est un personnage haut en couleurs. Après le succès de son premier livre, portant sur le deuil qu’elle a fait de son père, Ton absence m’appartient, l’auteure et journaliste pour Urbania nous revient avec Il préférait les brûler qui en donne un portrait vivant durant les années de sa maladie. La fillette a deux ans lorsque le père reçoit un diagnostic de cancer supposément virulent et fatal. Il aura pourtant ensuite treize ans pour lui inculquer des principes d’éducation non conventionnels. Pendant treize ans, elle boira les paroles de cet être manipulateur, excentrique, égoïste, libéré de toutes les convenances sociales et refusant les responsabilités. Jeune femme brillante, qui lit Sartre au secondaire, elle développe, en suivant ses conseils, cette liberté qui s’apparente au pouvoir. Nous aurions souhaité haïr cet homme, aux comportements souvent répréhensibles, mais se dégage de ce livre un vent d’irrévérence salvatrice et de vivacité puissante. Qui a raison, finalement ? Ceux qui ont peur et nous font la morale ou ceux qui foncent sans se poser de questions et goûtent à la vie jusqu’à la lie ?

Stanké, 232 p., 2020 22,95 

Anna et l’enfant-vieillard

Francine Ruel

Auteure, comédienne, scénariste, Francine Ruel est dans l’œil du public depuis plusieurs années. Sa saga du bonheur a été vendue à 150 000 exemplaires. Elle avait parlé avec drôlerie de sa génitrice dans Ma mère est un flamant rose, en 2013. Dans son dernier ouvrage, Anna et l’enfant-vieillard, elle aborde la vie de son fils itinérant. Dans ce récit touchant, le personnage d’Anna dresse le portrait d’Arnaud, cet enfant-vieillard, cet enfant-escargot, qui porte son monde sur le dos en déambulant au centre-ville de Montréal. Enfant choyé, dorloté, au potentiel avéré, mais dont la psyché s’écroule après une agression, Arnaud erre. L’auteure énumère toutes les tentatives de rapprochement que cette mère tente pour rattraper son fils qui ne cesse de tomber. Toxicomanie, maladie mentale, tout est évoqué dans ce compte rendu de la vie d’un sans-abri vue à travers le regard maternel. À quarante-quatre ans, l’homme n’est plus tout à fait un ado et son corps est décati au même titre que celui de sa mère. L’amour maladroit, insistant et coupable, ainsi que la honte suintent de partout dans ce livre d’abandons, d’absences, d’autodestruction et de grâces.

Libre expression, 200 p., 2019 16,99 $

Zoo

Daniel Leblanc-Poirier

Dernier tome d’une trilogie qu’il a consacré à la toxicomanie, dont les deux premiers étaient 911 et Fuck You, le poète Daniel Leblanc-Poirier nous offre avec Zoo une échappée dans le monde interlope des toxicomanes anonymes. Ce qu’il appelle sa trilogie « cream soda » est une œuvre audacieuse et unique. Ce livre présente des portraits aux « valeurs d’acide » de ces personnes aux vies rabotées. L’expérience de lecture nous immerge dans un documentaire psychédélique où se succèdent des figures tout aussi dangereuses que ravagées. Sa poésie éclatante et surréaliste qui mélange sans arrêt la culture populaire, le fast-food et la magie quantique, réussit avec fantasmagorie à rendre avec grâce les excès et « la mousse lunaire » disparue dans ce monde de marginaux sortant parfois de prison. Véritable prestidigitateur de la vie malmenée, le poète réalise le tour de force de présenter aux lecteurs la dernière « huile humaine » sans porter de jugement. Il parvient à rendre tolérable le sordide, en respectant jusqu’à la lie le principe de l’amour.

Les Éditions de L’Écrou, 72 p, 2019 10 $

L’accélérateur d’intensité

André Roy

En 1987, le sida est encore une maladie fatale. C’est la peste qui plane au-dessus des amours homosexuels. Le poète André Roy publie alors L’accélérateur d’intensité qui présente une suite de poèmes mi-narratifs, mi-frondeurs, parfois cinématographiques et quasi espiègles, qui abordent tous l’aspect érotique et dangereux qui consiste à aimer des corps en sursis. « Je m’imagine malade / brûlant d’amour dans le réel le plus parfait. » Ce qui accélère, c’est le cœur, durant les ébats et après, sous la menace de cette calamité. Réédité en 2019 par Les Herbes rouges, le livre est d’abord paru aux Écrits des Forges en 1987. Le recueil avait d’ailleurs remporté le Grand Prix de poésie de la Fondation Les Forges de la même année. L’auteur est un feuilletoniste de la poésie. Ce premier tome de la série intitulée « L’accélérateur d’intensité » comporte quatre titres dont le troisième s’intitule : On sait que cela a été écrit avant et après la grande maladie.

Les Herbes rouges, 126 p., 2019 12,95 $

Infirmes

Yoan Lavoie

Yoan, un universitaire désœuvré et TDAH, rencontre Martin, un handicapé de naissance, confiné à son fauteuil roulant, doigt perpétuellement levé à la manière du célèbre E.T. et crochet sur l’autre main. Yoan, moins par bonté que par curiosité et besoin d’argent, en vient à aider l’autre et à le suivre dans son quotidien marqué par sa dépendance à autrui. S’ensuit un récit vif et prenant mêlant l’oralité à l’analyse de situation, portraiturant le côté rabelaisien de Martin (surnommé le Capitaine), jeune homme de 29 ans, aimant Robocop, Anne Rice, les sagas de science-fiction de 2800 pages et la liqueur brune. Le premier roman de Yoan Lavoie, Infirmes, est un hybride entre Beavis and Butthead et Gargantua. Miettes, rot, poils de fesse, odeur de pet, quelques situations comiques et CHOM-FM viennent ponctuer l’univers de ces deux infirmes sociaux. Le côté abrasif de Martin renvoie en quelque sorte à l’indécence de Yoan qui « profite de sa vie pour la mettre dans un livre. »

Triptyque, 233 p., 2017 22,95 $

Le chasseur de brouillard

Katy Boyer-Gaboriault

Christopher Nelles, éminent médecin pathologiste, au ton caustique et abrasif, en mène large au Laboratoire de pathologie judiciaire de Montréal. Bien qu’il soit d’une condescendance violente, animé par un profond mépris pour les incompétents (qu’il voit partout), dénué d’empathie, colérique et qu’il mitraille tout le monde de sarcasmes, vit étonnamment encore en couple. Toutefois, sa femme, Judith, mi-quarantaine, perd petit à petit ses moyens, la maladie d’Alzheimer semble lui voler jusqu’au souvenir de leur fils expatrié aux États-Unis. Peu enclin à sympathiser avec les craintes de sa femme, persuadé qu’elle n’est pas atteinte de cette maladie, il rechigne à lui concéder l’écoute dont elle a besoin. D’autant plus qu’il tente de résoudre une énigme au sujet de la mort d’une adolescente pleine d’ecchymoses, Alana Threlfall, qu’il considère comme accidentelle, opinion que la presse à sensations n’achète pas, croyant plutôt à un meurtre et soupçonnant sa mère adoptive. Dans Le chasseur de brouillard, premier roman de Katy Boyer-Gaboriault, thanatologue (ce qui la qualifie d’emblée pour écrire un livre sur le sujet), on assiste ainsi au feu roulant des agaceries et tourments que la vie inflige à ce personnage de médecin pour le moins antipathique, mais qui a pourtant déjà su aimer.

Les Éditions Goélette, 195 p., 2019 21,95 $

La balançoire de jasmin

Ahmad Danny Ramadan

Nous sommes en 2052 à Vancouver. Un vieux couple d’homosexuels vit paisiblement dans l’expectative de la mort. L’un est gravement malade. L’autre, l’harawaki (le conteur), pour contrer le sort et faire honneur à leur origine syrienne, de Damas, entame un long cycle de contes, relatant leur vie de réprouvés et de parias, de khawal ou de louti (pédé) dans le monde musulman. La balançoire de jasmin est le premier roman d’Ahmad Danny Ramadan. Chacun de ces contes, qui éloignent un instant l’ange de la mort, relate une histoire d’exil ou les déboires tragiques des gens de peu, des lesbiennes et des artistes de Damas et d’Alep après la révolte de 2011, sous le régime de Bachar al-Assad. Suicides, coups de fouet pour avoir peint des femmes nues, bombes et histoires d’opprobre y côtoient des souvenirs d’enfance précieux. Bonheurs fugaces de la nourriture syrienne, beuveries cachées, joie de ces moments volés aux pouvoirs en place, religieux ou politiques, laissent affleurer ici et là, sous l’amertume et la mélancolie, de grandes effluves de jasmin.

Mémoire d’encrier, 242 p., 2019 22,95 $

Une longue phrase jusqu’à ma disparition

Martin Thibault

Poète de la cité de Montréal (2013-2015), Martin Thibault nous offre ici son neuvième recueil de poésie. Dans Une longue phrase jusqu’à ma disparition, le poète chemine de sa naissance à sa mort projetée. Ses mots soupèsent « les questions sans réponses » avec une limpidité étonnée et chaleureuse. L’être humain n’est pas en mesure de « clouer le soleil dans le ciel », mais il sait qu’exister est une occupation qui consiste à « attendre sans l’attendre / la fin des petites fins ». Il y a l’enfant, les amours, la misère humaine et les arbres « puis un jour on perd quelque chose : la santé, le nom d’une maladie / incurable, dégénérative, le temps ne sait pas s’arrêter ». Recueil gorgé de fulgurances tranquilles, ces poèmes courts portent avec une grâce, lestée de sagesse fine, le bonheur paradoxal de vivre. Un des très beaux livres de l’auteur.

Éditions du Noroît, 76 p., 2019 20 $

Être et n’être pas. Chronique d’une crise nordique

Jean Désy

« Voguer au Nord, c’est s’obliger à se délester d’une portion d’orgueil ». Depuis plusieurs années Jean Désy, poète et médecin, s’évade de la bourgeoisie du sud dans le Nord du Québec. Il a produit nombre de livres de poésie et d’essais sur le Nord. Ici, dans Être et n’être pas. Chronique d’une crise nordique, il nous parle sans ambages, directement, dans une prose de diariste, de son amour pour les Inuits. Tiré de son journal des quatre années où il fut médecin dépanneur pour Salluit, il aborde ici les grands problèmes existentiels qui minent la vie de ces êtres humains du Nord : taux de suicide trop élevé, épidémie de tuberculose, de syphilis et accidents multiples dus à de fréquents épisodes de soûlerie. Le médecin évoque ainsi la mélancolie nordique provoquée par le nihilisme sudiste, l’alcool et internet. Pour lui, les sudistes que nous sommes, épris d’une civilisation « law and order » obnubilée par la technoscience, détruisent à petit feu l’esprit nomade et spirituel de ces peuples de la toundra. Ses remèdes : plus de spiritualité, des balises religieuses, du rire et de la gentillesse et la chasse au nihilisme contemporain.

XYZ éditeur, 190 p., 2019 20,95 $

Les écrivements

Matthieu Simard

Matthieu Simard est un auteur bien connu et célébré. Sa série jeunesse Pavel a été finaliste au prix du Gouverneur général 2009 et il a lui-même adapté son roman Ça sent la coupe pour le cinéma. Il nous livre ici son septième roman. Dans Les écrivements, les lecteurs plongent dans la tête d’une vieille femme à la recherche de son mari, disparu il y a une quarantaine d’années. Suzor, le scientifique brillant, le dit mari, qui connaissait les étoiles est maintenant atteint de la maladie d’Alzheimer. Sa femme a un profond besoin de le retrouver. Celle-ci, qui se fera appeler Mamie, aidée par Fourmi, l’enfant attachante de ses voisins moins sympathiques, a un carnet brun (ses écrivements) qui lui permettra de revisiter son histoire d’amour. Les lecteurs partiront en Russie, bifurqueront vers Melanchton, Saint-Hugues, Grand Valley et suivront cette femme déterminée dans son ultime quête. Tendre roman d’amour matiné de toutes les peurs générées par l’époque du début de la guerre froide, Les écrivements présente un puzzle de souvenirs dans une boîte de velours doux.

Alto, 235 p., 2019 23,95 $

Le sang des pierres

Lucille Ryckebusch

Premier livre de Lucille Ryckebusch, Le sang des pierres narre une histoire médicale entrelacée à celle d’une séparation. Jeanne a de longues hémorragies qui indiquent la présence d’un fibrome (cellules cancéreuses en tas de ficelles). Ce fibrome répond en quelque sorte à l’écheveau émotionnel de sa relation amoureuse qui se délite. L’auteure utilise avec clarté le langage médical lié aux examens gynécologiques et met en scène les visites chez un jeune spécialiste. Entre ces moments où la saignée entre ses jambes survient, incontrôlable, et le manque de soutien de son ex, le lecteur vit avec ce personnage la détresse et la confusion que cette situation génère. Rabibochée avec celui qu’elle présente comme indifférent et égoïste, Jeanne tente une escapade à Cape Cod après sa grande opération. Mère de deux enfants et foncièrement introvertie, le personnage principal semble alors subir les derniers contrecoups de la fin de sa relation avec son amoureux.

Le Quartanier, 130 p., 2019 18,95 $

Déblais

Paul Bélanger

Éditeur du Noroit depuis 1991, finaliste au prix du Gouverneur général, membre de l’Académie des lettres du Québec, Paul Bélanger est aussi un poète important. Dans ce livre substantiel, le poète se penche sur les Déblais, ou si l’on veut, les décombres déblayés de ce qu’il a perdu, de ses deuils. Il palpe le non-sens de la vie, interroge « le mal qui charcutait peu à peu son corps », celui de sa compagne, émietté par l’appel de la mort. Interpellant les grandes figures littéraires que sont Hamlet, Orphée, Ophélie et plusieurs autres, il imprime sa voix, se confie au poème, dessine une stèle à l’évanescence du vivant. « Rien dans la matière ne persiste, ni le temps ni l’espace ne perdure davantage qu’un coup de fusil ». Profonde élégie, chant murmuré au pied du lit de la mort, ces poèmes forment une somme, une grande plainte existentielle jouée au hautbois.

Éditions du Noroît, 191 p, 2019 25 $