Collections | Volume 12 | numéro 2

Jeunesse

Un phare pour les enfants et les ados

Jeunesse

Pierre-Alexandre Bonin

Dans une société qui semble voguer d’une crise à l’autre, on peut avoir l’impression, comme adulte, de ne pas savoir comment aider les enfants et les ados qui nous entourent à naviguer à travers les tempêtes de notre époque. Heureusement, la littérature jeunesse représente, encore aujourd’hui, un port d’attache et une zone d’accalmie pour les petits comme les plus grands. Grâce à des albums allumés, des BD qui permettent de conscientiser, des romans qui touchent et interpellent, ou des essais qui font réfléchir, les éditeurs invitent les enfants et les ados à rêver le monde de demain, et à tracer la carte qui mène à une société plus juste, plus inclusive, plus équitable. Parce qu’il n’y a pas de plus beau trésor que de conscientiser les jeunes aux défis qui nous attendent, tout en leur donnant les outils nécessaires pour trouver leur chemin sur la mer agitée de la vie en société.

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Des albums qui font du bien

1 I Clémentine, la fille du roi Pépin, adore faire des bulles de savon. Mais celles-ci sont fragiles et un rien parvient à les faire éclater. Le magicien Citronion se lance à la recherche d’une solution et parvient à inventer une machine qui produit des bulles increvables ! Mais à mesure que les enfants utilisent cette nouvelle invention, les bulles s’accumulent, et la météo se détraque. Est-ce que les dégâts pourront être réparés ? Les bubulles s’accumulent est un album de JEAN-PIERRE GUILLET, avec des illustrations de LULUNE. On y aborde de manière imagée l’effet de serre et ses conséquences sur la planète. Avec des illustrations naïves et colorées qui viennent donner vie aux personnages rigolos du royaume écomagique, cette histoire parvient à conscientiser les enfants sans culpabiliser et sans désigner de coupable. Un plaisir de lecture pour petits et grands !

(Michel Quintin, série « Au royaume écomagique », 2025, 32 p., 19,95 $, 9782897629250.)

2 I Éloi est triste aujourd’hui : sa grand-mère adorée, qui habitait avec eux, doit déménager, parce qu’elle a besoin davantage de ressources, avec sa mémoire qui lui joue des tours. Après le déménagement, Éloi tombe sur un drôle d’étui qui a été oublié chez lui. C’est un violon ! Curieux, Éloi cherche à en découvrir plus sur l’instrument et son propriétaire. Cette quête va le rapprocher de sa grand-mère… et de son père. BENOÎT ARCHAMBAULT signe le texte du magnifique album Chante l’oiseau, chante, illustré par MARIE-EVE TURGEON. L’auteur et musicien propose une histoire sur le pouvoir de la musique, mais aussi sur son importance et son omniprésence. Les illustrations tout en douceur viennent magnifier la tendresse et les émotions qui se dégagent du texte. Un album à lire à voix haute, pour en savourer toute la musicalité.

(Éditions MultiMondes, 2025, 32 p., 21,95 $, 9782897734183.)

3 I Un garçon dont le père est récemment décédé s’ennuie de celui-ci, et trop de choses lui rappellent son deuil. Plusieurs personnes autour de lui tentent de le consoler, en lui disant que « ça va s’estomper ». Mais, non, ça ne s’estompe pas. Pourtant, au fil des jours, des semaines et des mois, alors que le garçon continue de se remémorer son père, les souvenirs se font plus doux, et la peine, moins grande. Est-ce que ça pourrait, doucement, commencer à s’estomper ? Sa casquette rose est un album poignant, écrit par MURIEL COMEAU et illustré par SYLVAIN CABOT. Il aborde le deuil d’un parent proche avec tendresse et délicatesse. La casquette rose du père revient dans les illustrations, comme un leitmotiv du deuil et de l’absence, jusqu’à ce qu’un jour, elle représente autre chose. On sourit et on pleure en lisant cet album, aussi beau que nécessaire. Et puis, on regarde le ciel, les nuages rosis par le soleil couchant, et nous aussi, on se dit : « ça va s’estomper ».

(Éditions de l’Isatis, coll. « Tourne-pierre », 2025, 32 p., 23 $, 9782898431869.)

4 I Pome est une biche qui porte des bois, et Dina, une ourse avec des lunettes. Toutes les deux se rencontrent par hasard, un jour de printemps. À mesure que le temps passe, une amitié se développe entre elles. Mais éventuellement, la première dispute survient. Leur amitié peut-elle survivre à ce désaccord ? Pome et Dina : Quatre saisons d’amitié est un album écrit par CAROLINE BARBER et illustré par MARIANNE PASQUET. Cette histoire aborde l’amitié avec candeur et poésie, au fil des saisons. Le texte est magnifiquement appuyé par des illustrations qui rappellent l’aquarelle, et qui s’inspirent de la nature et des saisons pour proposer une fresque qui ravit les yeux. Un album pour comprendre l’importance de l’amitié, mais aussi pour trouver des moyens de l’entretenir, et pour rappeler que parfois, oui, les amis se chicanent, mais jamais pour longtemps.

(Les 400 coups, 2025, 184 p., 29,95 $, 9782898150944.)

5 I Le filleul de Samy adore son parrain. Même si c’est un adulte, Samy a gardé son cœur d’enfant. Il adore jouer, il a des amis imaginaires, et il est triste quand vient le temps de quitter son neveu pour rentrer à la maison. Quand ils sortent tous les deux, il y a toujours un adulte qui accompagne Samy. Et ce dernier habite encore avec ses parents, mais ce n’est pas grave, parce que Samy est le meilleur parrain du monde ! Avec Samy, NATACHA BOUTHILLIER et CAMILLE LAVOIE abordent le thème de la déficience intellectuelle du point de vue d’un enfant. Ceci permet à l’autrice de parler de son sujet sans stigmatisation ou jugement, se plaçant plutôt du côté de la normalisation et des relations entre un parrain et son filleul. Quant aux illustrations à l’aquarelle, elles donnent aux personnages toute une gamme d’émotions en plus de montrer le quotidien de Samy et son filleul. Un très bel album à lire à deux !

(Les Éditions de la Bagnole, coll. « La vie devant toi », 2025, 32 p., 19,95 $, 9782897140731.)

6 I Masha habite sur une île où le brouillard est parfois si dense que les bateaux ne parviennent pas à voir où ils vont. Grâce à sa corne de brume, elle fait danser le fleuve pour mener les embarcations à bon port. Mais un jour, les eaux sont moins réactives, et Masha peine à les faire bouger au rythme de sa musique. Qu’arrivera-t-il des riverains et riveraines ? La symphonie des naufragés est un album écrit et illustré par ENZO, où il est question de la crise climatique, mais aussi de l’engagement collectif et du pouvoir de la musique. La montée des eaux et ses risques pour les régions insulaires sont abordés de manière originale et poétique, tant par le lien entre la musique de Masha et le fleuve que par des illustrations montrant les maisons des plus riches se transformer en bateaux pour fuir le danger. À la fin de l’album, on retrouve un court texte sur l’orchestre des instruments recyclés de Cateura, au Paraguay, un joli clin d’œil à la finale de l’histoire. Une lecture incontournable.

(Fonfon, coll. « Histoires de vivre », 2026, 40 p., 21,95 $, 9782925215943.)

Des romans qui touchent

7 I Des milliers d’humains ont colonisé Flamand et Tori, deux nouvelles planètes devenues accessibles aux terriens grâce à la téléportation. De plus, un vaisseau colonisateur est en route vers la Quatrième, une autre planète inhabitée qui ne porte pas encore de nom. Dans ce projet de colonisation, la famille Torres a bien l’intention de tirer son épingle du jeu, sans égard aux moyens employés. Après tout, les ressources sont encore limitées, et seuls les plus ambitieux pourront en bénéficier… Les erreurs de l’Expansion est un roman de science-fiction de MATHIEU MUIR, où il est question de luttes de pouvoir, d’environnement, et du désir d’exploration et de conquête de l’être humain. L’auteur démontre, encore une fois, sa grande maîtrise du genre, avec un roman où les descriptions techniques abondent, sans jamais perdre le lecteur en cours de route. Divisée en cinq parties qui se déroulent en ordre chronologique, l’intrigue est costaude et s’adresse à un lectorat qui ne craint pas ce genre de défi. On ressort de sa lecture satisfait et on ne peut s’empêcher de se demander si, un jour, ce dont Mathieu Muir nous parle avec autant de passion sera réalité.

(Éditions David, série « Le cycle de l’Expansion », 2025, 378 p., 19,95 $, 9782898660290.)

8 I La dépendance au cellulaire, le deuil, la richesse et la pauvreté, la séparation, l’utilisation de stéroïdes dans le sport : ce sont là quelques thèmes abordés par les adolescents et les adolescentes qui ont participé au Scriptarium, un projet de médiation culturelle organisé par le Théâtre Le Clou. Chaque année, ce sont près de 2 500 ados qui se prêtent au jeu. Parmi tous les textes reçus, 24 sont sélectionnés pour être retravaillés dans le cadre d’un atelier d’écriture. S’engager présente 12 de ces textes qui s’inscrivent sous le mentorat de la Dre Joanne Liu. Ce recueil de textes, où la poésie côtoie le monologue et la nouvelle, montre à quel point les ados sont loin des stéréotypes qu’on a tendance à leur coller sur le dos. Les autrices et auteurs de ce collectif sont allumés, engagés, lucides, parfois pessimistes, mais jamais défaitistes. Ils prennent la plume avec fougue, avec passion, et ils offrent des textes percutants, dans une langue vivante et vibrante. Voilà un collectif qui devrait se retrouver dans toutes les classes de français des écoles secondaires du Québec !

(la courte échelle, coll. « Micro », 2024, 104 p., 13,95 $, 9782897744359.)

9 I Après avoir été arrêté pour un acte haineux d’une grande violence, Édouard, un adolescent de 17 ans, risque de se retrouver en centre jeunesse. Fils d’une députée provinciale, cette condamnation pourrait avoir une incidence importante sur la carrière de sa mère. Mais son beau-père, un humoriste connu, vient à sa rescousse et lui propose de monter un numéro d’humour pour son prochain spectacle, en guise de justice réparatrice. Lorenzo raconte donc à Édouard la vie de son arrière-grand-père, qui a connu la montée en puissance de Mussolini. Mais qu’ont en commun un Italien ayant vécu les débuts du fascisme et un adolescent québécois d’aujourd’hui ? Le premier fasciste est un roman historique de CAMILLE BOUCHARD qui s’intéresse à la montée de l’extrême droite en Italie, mais qui fait aussi des parallèles avec la popularité de plus en plus importante de la droite populiste partout dans le monde, y compris au Québec. Avec son sens du détail et sa passion pour la recherche historique, Camille Bouchard nous entraîne dans des allers-retours entre l’Italie de la première moitié du 20e siècle et le Québec contemporain. C’est un voyage aussi captivant qu’instructif, même s’il peut s’avérer décourageant de constater que l’histoire semble avoir le hoquet. Heureusement, il n’est pas trop tard pour réagir, comme le fait l’auteur avec ce roman qui alimente notre esprit critique. Parce qu’il est primordial de parler du fascisme avec les jeunes, si on veut éviter que cette mouvance retrouve des adeptes.

(Éditions du Boréal, coll. « Boréal inter », 2024, 296 p., 22,95 $, 9782764628492.)

Des bandes dessinées qui conscientisent

10 I Montréal, 2164. Kévin, l’écureuil albinos, et sa famille ont réussi à collaborer avec les humains et sont parvenus à contenir la pollution de l’île. Un jour, alors que Kévin et son amie Ernestine font une ronde au Vieux-Port, ils font la rencontre de Karl, un requin du Groenland âgé de 300 ans. Celui-ci voudrait bien rejoindre les eaux plus froides situées au nord, mais les eaux du Saint-Laurent sont tellement polluées qu’il n’arrive pas à retrouver son chemin. Kévin et ses amis humains pourront-ils aider Karl, ou les déchets de plastique auront-ils le dernier mot ? L’écureuil qui marchait sur l’eau est une bande dessinée scénarisée et illustrée par CHLOÉ BAILLARGEON. On retrouve avec plaisir Kévin, l’écureuil albinos écologiste, ainsi que les personnages du premier tome alors qu’ils font face à un nouveau défi écologique, soit celui de la pollution plastique du Saint-Laurent. Au fil de l’histoire, on se déplace le long du fleuve pour constater les effets de la pollution sur le Québec. Malgré quelques obstacles, l’histoire est résolument optimiste, et montre qu’en collaborant, les humains sont capables de grandes choses. Le message d’espoir de Kévin fait du bien, et il motive à prendre des actions concrètes pour l’avenir de notre planète. Merci, Kévin !

(KATA éditeur, série « Kévin », 2025, 132 p., 25 $, 9782925510338.)

11 I Après une rencontre impromptue avec une amie de sa mère lors de funérailles, l’auteur se rend compte qu’il ignore tout de son historique familial, et de ses propres parents. Il se lance donc dans une quête identitaire qui le fera voyager entre Haïti et Montréal, et lui permettra de découvrir ses parents sous un angle nouveau, tout en apprenant à mieux se connaître lui-même, avec ses contradictions, ses interrogations et ses espoirs. Migrasyon est une bande dessinée scénarisée et illustrée par JIMMY SUZAN. Cette œuvre autobiographique ambitieuse adopte le style graphique vintage des comics américains des années 1980, et ça fonctionne très bien. On suit le personnage principal dans sa quête, au fil de ses conversations avec sa mère, qui est sa principale source d’informations. Il nous fait ainsi découvrir le Haïti de Duvalier et des tontons macoutes, mais aussi le Québec des années 1970 jusqu’à aujourd’hui, du point de vue d’un enfant haïtien né et élevé à Montréal. Cette saga familiale parvient à toucher à l’universel, et nul doute qu’elle saura plaire au public adolescent.

(La Pastèque, 2025, 160 p., 32,95 $, 9782897771997.)

Des essais pour mieux comprendre

12 I Ça veut dire quoi, « s’engager » ? Est-ce qu’il existe une seule forme d’engagement ? Est-ce qu’on est seul, quand on s’engage ? Est-ce qu’il peut y avoir des obstacles, à notre engagement ? Ce serait quoi, la meilleure manière de s’engager ? C’est à ces questions, et plusieurs autres, que répond CATHERINE OUELLET-CUMMINGS dans Passer à l’action ! Sur un ton personnel, l’autrice parle de son propre engagement, qui a commencé lorsqu’elle a intégré le journal de son école secondaire, et qui s’est poursuivi dans sa vie adulte. Elle prodigue des conseils pratiques, elle vulgarise, elle encourage, elle accompagne, mais surtout, elle donne le goût ! Derrière l’essayiste, on sent bien la femme et la militante engagée qui parle avec passion et qui ouvre la voie aux prochains militants, qui, comme elle, veulent rendre le monde meilleur, et contribuer à diminuer les injustices sociales. Comme toujours, la collection « Radar » démontre sa pertinence et son importance dans le paysage littéraire pour ados, et on découvre la plume d’une autrice qu’on espère lire plus souvent !

(Écosociété, coll. « Radar », 2025, 128 p., 21 $, 9782898570957.)

13 I Comment parvenir à rétablir le dialogue quand la société est de plus en plus polarisée, alors que les chambres à échos se multiplient sur les réseaux sociaux et que les sophismes sont de plus en plus utilisés comme arguments jusque dans les médias traditionnels ? NORMAND BAILLARGEON et CAMILLE SANTERRE-BAILLARGEON tentent d’offrir des pistes de solution dans Citoyen·ne : Un essai et un lexique pour la pensée critique, agrémenté d’illustrations de CATHERINE MARCHAND. Les auteurs y présentent différentes astuces pour développer et exercer son esprit critique dans un monde hyperconnecté, où l’actualité se déroule en direct 24 heures sur 24. Ils réfléchissent aussi sur le rôle de la citoyenne et du citoyen dans le monde contemporain, afin que la démocratie puisse non seulement survivre, mais surtout demeurer pertinente et s’actualiser, alors que la montée de la droite populiste se confirme un peu partout dans le monde. En fin d’ouvrage, on retrouve un lexique qui présente différentes notions sociopolitiques, comme le wokisme, le décolonialisme, les sophismes, le féminisme et l’anarchisme, afin de vulgariser ces concepts, et de les rendre accessibles à un public adolescent. Un ouvrage incontournable pour alimenter les débats de société de manière argumentée et articulée.

(Leméac, 2025, 280 p., 26,95 $, 9782760942646.)

14 I En ces temps incertains, on a parfois l’impression d’être avalés par tout ce qui nous entoure. C’est un peu ce que ressentait la plus jeune fille de MATHIEU BÉLISLE lorsqu’elle lui a demandé : « Papa, est-ce que c’est vrai que le monde va brûler ? » C’est pour prendre le temps de lui répondre pleinement que l’auteur a écrit Une brève histoire de l’espoir, publié chez Lux Éditeur. Dans cet ouvrage, l’essayiste nous démontre, par de courts fragments laissant souvent place à la réflexion, que, depuis que le monde est monde, l’espoir fait vivre. Allumer un feu pour se réchauffer, se reconstruire après les guerres, l’espoir est présent pour éviter la combustion du monde. L’espoir est comme un horizon meilleur, qui fait dire à Mathieu Bélisle que « dans la constitution de tous les pays, il faudrait inscrire le droit à l’horizon. »

(Lux Éditeur, 2025, 184 p., 24,95 $, 9782898332296.)