Collections | volume 12 | numéro 1

Prix littéraire des enseignant·e·s de français 2025

J’aime le sens agricole et nourricier de l’expression « cultiver la lecture ». Récolter des livres qui engraissent les connaissances, qui nourrissent l’empathie. La lecture, un supplément nécessaire au développement, comme on ajoute de la vitamine D dans les produits laitiers. Ajoutons des livres partout ! Mais cultiver demande un effort. Comme écrire cet éditorial.

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Oh ! Mon téléphone sonne, je n’ai pas le choix de répondre, n’est-ce pas ? Et après cet appel, je ferai juste un petit tour dans ma boîte de réception, au cas où j’aurais reçu ce courriel que j’attends impatiemment. Ensuite, je me replonge dans l’écriture, oui, oui !

Bon, je n’ai finalement pas reçu la réponse tant attendue, mais pourquoi ne pas en profiter pour faire le suivi de quelques messages ?

DING ! DING ! C’est Josée Bisaillon qui me texte, trop contente d’avoir reçu les exemplaires de son nouvel album intitulé Aujourd’hui, promis ! Et là, ça devient limpide. Petite vlimeuse que je suis : je procrastine ! C’est que j’en connais bien les rouages depuis que j’ai édité l’album illustré de Josée qui traite du sujet. Les causes de ce mécanisme de fuite n’ont plus de secret pour moi. Est-ce que je procrastine par opposition, pour montrer mon mécontentement ? Non, je suis plutôt flattée qu’on m’ait demandé d’écrire cet éditorial. Est-ce que la tâche est floue pour moi ? Non, je comprends le principe d’un éditorial. Ai-je peur d’écrire cet éditorial ? Oui ! J’ai le sentiment d’avoir mille fois vanté les nombreux bénéfices de la lecture, j’ai peur de me répéter. Mais voilà que je réalise : j’arrive à écrire mon éditorial grâce à un livre destiné aux enfants.

Les livres jeunesse sont pour tout le monde. C’est de la littérature à part entière. J’ai envie de m’improviser professionnelle de la santé et de prescrire la lecture d’au moins un livre jeunesse par semaine à tous les adultes. Ou encore mieux : obliger tous les adultes à lire des livres aux enfants, souvent. L’honnêteté avec laquelle les jeunes accueillent les oeuvres est exemplaire. L’enfant s’en fout, des palmarès. Il aime, ou pas. Il n’est pas en représentation, il n’est pas en train d’étaler tout son savoir. Sa lecture est brute, pure. Et ça fait de mon métier d’éditrice jeunesse un privilège. Je dois être à la hauteur pour nourrir ces êtres en construction. Et j’aimerais qu’en tant qu’adultes, nous nous inspirions d’eux. Que nous retrouvions notre candeur pour recevoir ces grandes oeuvres d’art que sont les albums illustrés. Ce format court et condensé qui peut aborder tous les sujets. Cette acrobatie littéraire qui consiste à avancer sur un mince fil ; cet équilibre précaire entre l’humour qui permet d’intéresser les enfants sans dénaturer les enjeux délicats ; ou encore, cette histoire absurde complètement éclatée qui divertira et poussera l’imaginaire dans ses derniers retranchements.

Je crois au livre pour enfants comme acteur de changements. Cultiver la littérature jeunesse en tant qu’adulte pour ramener un peu de douceur à travers les mille et une responsabilités qui nous incombent afin d’arrêter de s’éteindre lentement par en dedans. Ça vous dit ?

Véronique Fontaine

Présidente, Fonfon

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