Collections | Volume 12 | numéro 2

Littérature

L’espoir fait lire

Non-Fiction

Frédérique Saint-Julien

Que peut la littérature quand le monde de demain semble souvent bien sombre ? Considérant l’écriture comme un moyen de libération, l’écrivaine sénégalaise et pionnière du féminisme noir, Mariama Bâ, concevait les livres comme des armes. Armes contre le défaitisme, ou encore outils de résistance, les quatorze livres que nous vous présentons ici permettent d’éveiller notre conscience, d’être davantage sensible au monde, à ce qui nous entoure. Quatorze titres qui nous font renouer avec l’espoir qu’une éclaircie est toujours possible pour la suite du monde.

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1 I Après Pourquoi pas le vélo ? paru en 2021, l’auteur franco-néerlandais STEIN VAN OOSTEREN nous revient cette fois avec Désir d’agir : Comment déclencher la transition écologique, une invitation à réfléchir à notre engagement face à l’incidence des changements climatiques sur notre quotidien. En une cinquantaine de courts chapitres, imprégnés d’humour, s’éloignant du ton moralisateur, agrémentés de photos et d’illustrations, le diplomate et ancien porte-parole du Collectif Vélo Île-de-France aborde les thèmes de l’urbanisme, de la mobilité active, du rapport au temps ou encore de l’engagement de la jeune génération. Après avoir partagé avec le lectorat des réflexions personnelles et des exemples d’initiatives citoyennes, l’auteur fait le constat suivant : « partout que le monde n’est pas fini et figé, mais que nous pouvons intervenir et lui donner une nouvelle direction. »

(Écosociété, 2025, 360 p., 30 $, 9782898571053.)

2 I Premier titre de la nouvelle collection « Apprivoiser » des éditions Parfum d’encre, Apprivoiser la politique de la mairesse de Longueuil CATHERINE FOURNIER s’adresse à un lectorat néophyte curieux de connaître les rouages de la politique québécoise. Avec une approche éducative et construit de façon ludique autant sur la forme que sur le fond, l’ouvrage pourrait être un outil fort utile pour les enseignants du secondaire du programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté. Alors qu’on y apprend que 86 % des parlementaires au gouvernement fédéral sont âgés de plus de 40 ans et que du côté de l’Assemblée nationale, la moyenne d’âge était de 51 ans en 2022, ce livre pourra peut-être faire œuvre utile et donner envie à la jeune génération de s’impliquer en politique.

(Parfum d’encre, coll. « Apprivoiser », 2025, 216 p., 29,95 $, 9782925101574.)

3 I À droite toute ! Dans son essai Faux rebelles : Les dérives du politiquement incorrect, lauréat du Prix littéraire du Gouverneur général 2023 dans la catégorie Essai, le professeur de sociologie PHILIPPE BERNIER ARCAND dénonce les dérives d’une certaine droite réactionnaire. Les adeptes du « On ne peut plus rien dire », souvent issus d’une majorité blanche, masculine et hétéro qui, ironiquement, bénéficient de nombreuses tribunes, ont aujourd’hui libéré et amplifié la parole haineuse. Du Québec aux États-Unis, en passant par l’Angleterre et la France, l’auteur démontre comment les mouvements rebelles initialement associés à une gauche libertaire sont étrangement passés à l’extrême droite par une rhétorique du politiquement correct. Si, historiquement, la rébellion était pratiquée pour obtenir davantage de libertés, aujourd’hui, elle est plutôt associée à une volonté de priver de leurs droits certains groupes de la société.

(Poètes de brousse, coll. « Essai libre », 2022, 152 p., 23,95 $, 9782925226055.)

4 I Remettre l’humain au centre de l’animal social qu’il est, c’est le souhait que fait BOUCAR DIOUF avec son plus récent ouvrage Déconnecter : Pour se rebrancher aux racines de notre humanité paru aux Éditions La Presse. Sans vouloir diaboliser les réseaux sociaux, l’auteur souhaite plutôt qu’en nous éloignant ne serait-ce que quelques heures des écrans, nous trouvions une façon de nous réapproprier le temps, avec la nature comme point d’ancrage. Biologiste de formation, Boucar Diouf établit d’ailleurs plusieurs parallèles entre notre rapport aux écrans et les comportements de certains animaux. L’auteur propose de revaloriser les contacts physiques, d’accepter les moments d’ennui, de prendre du repos loin des clics et loin du capitalisme numérique, qui a lui bien compris que la loi du moindre effort engendrée par toutes les technologies numériques suffit à nous rendre captifs.

(Éditions La Presse, 2025, 180 p., 29,95 $, 9782898253669.)

5 I Surnommé le père de l’écologie moderne, ou encore l’écologiste aux pieds nus, et ayant travaillé comme botaniste au Jardin botanique de Montréal auprès de nul autre que le Frère Marie-Victorin, Pierre Dansereau aura consacré plus de six décennies de sa vie à l’enseignement des sciences de l’environnement. Au cœur de l’ouvrage L’espoir malgré tout : L’œuvre de Pierre Dansereau et l’avenir des sciences de l’environnement se trouve une réflexion collective autour de nombreux sujets qui ont alimenté l’écologiste avant-gardiste. Changements climatiques, projets énergétiques, extraction minière et exploitation forestière sont autant de problématiques socio-environnementales que Pierre Dansereau abordait avec une vision éthique et humaniste. Dans un espoir qui lui paraissait essentiel et davantage constructif que le cynisme et le découragement, Pierre Dansereau a souhaité tout au long de sa vie une « réconciliation des sciences naturelles et des sciences de l’homme. »

(Presses de l’Université du Québec, 2017, 272 p., 47 $, 9782760548404.)

6 I En 2020, ANOUK SUGÀR publiait Perdre la maison, où elle abordait la difficile expérience de perdre son lieu de résidence. En laissant derrière elle la maison, l’autrice poursuit sa réflexion en publiant Sur l’errance. L’errance du corps, l’errance de l’esprit, l’errance qui mène à la douleur, aux joies, aux peines, aux crises. Si le terme comprenait à l’origine une certaine structure, un voyage avec un départ et une arrivée, le sens d’errance a peu à peu évolué vers l’égarement, le manque de finalité autant du corps que de l’esprit. En abordant l’errance à travers la philosophie, l’histoire de l’art et la sociologie, l’autrice démontre que l’errance se situe souvent à la frontière de l’isolement et de l’émancipation. « L’errance est pleine de non-dits. Trouver la force des mots est peut-être le premier abri envisageable. »

(Varia, 2025, 186 p., 26,95 $, 9782896062287.)

7 I Par la place centrale qu’il occupe dans le développement de la société africaine contemporaine, l’espace urbain postcolonial devient un terreau fertile pour le roman, le théâtre et le cinéma. Au moment de la décolonisation, de nombreuses grandes villes africaines deviennent des espaces à se réapproprier, des espaces qu’il faut apprendre à habiter. L’ouvrage collectif Perceptions urbaines de l’événement postcolonial : La mise en fiction de la ville dans l’espace francophone, publié aux Presses universitaires de Saint-Boniface, s’inscrit dans le prolongement du colloque « Réimaginer la ville postcoloniale : la ville comme lieu de mises en sens de l’événement postcolonial », qui s’est tenu en 2022 à l’Université du Manitoba, et nous fait voyager au travers des « villes-muses ». De Douala à Kinshasa, de l’univers littéraire d’Hemley Boum à celui de Blaise Ndala, en passant par la dramaturgie burkinabè, la ville africaine postcoloniale d’Afrique francophone est devenue un personnage permettant d’aborder des questions politiques, économiques, socioculturelles et esthétiques.

(Presses universitaires de Saint-Boniface, 2025, 296 p., 39,95 $, 9781990706028.)

8 I Gagnant du Prix de création littéraire de la Ville de Québec et du Salon International du livre de Québec dans la catégorie Essai en 2020, Être ou n’être pas : Chronique d’une crise nordique de JEAN DÉSY, initialement publié chez XYZ, aborde la question d’un nord durement touché par un haut taux de suicide. L’auteur, qui fait du remplacement médical au Nunavik depuis 35 ans, relate dans ce court ouvrage ses expériences terrain dans le village nordique de Salluit entre 2016 et 2018. En dialogue avec le Nord et toute la beauté de ses paysages et de ses habitants, l’auteur et médecin dépeint de façon intime et honnête la souffrance collective des âmes, parfois très jeunes, d’un Nunavik en crise. Alors que le champ des possibles se rétrécit et que la nature s’éloigne de l’humain, le mal-être des Inuit du Nunavik — de notre Nord — devrait nous interpeller bien davantage, même au Sud.

(Bibliothèque québécoise, 2023, 192 p., 12,95 $, 9782894065129.)

9 I Œuvre collective traduite de l’anglais, de l’espagnol et du portugais, Gagner le monde : Sur quelques héritages féministes présente un féminisme transnational éloigné des sociétés occidentales et de la pensée blanche dominante. Voulant raconter une histoire décentrée du féminisme, en écrivant depuis ou en dialogue avec les féminismes du Sud global, les autrices ont souhaité démontrer toute la puissance des luttes qui vont au-delà des frontières. De l’importance de la rue aux mobilisations joyeuses accompagnées de chants et de slogans, c’est d’abord sur le terrain que les théories féministes sont nées avant de s’institutionnaliser. En élargissant l’intervention féministe à des revendications qui n’y étaient pas directement associées, telle que les retraites, l’éducation, la pollution ou la propriété foncière, il est possible de bâtir des politiques féministes transfrontalières susceptibles de prendre de l’expansion. Comme l’a écrit l’essayiste américaine Audre Lorde dans son ouvrage Âge, race, classe sociale et sexe : « Nous cherchons au-delà de l’histoire des possibilités nouvelles pour nous rencontrer. »

(Les éditions du remue-ménage, 2024, 224 p, 23,95 $, 9782890918788.)

10 I À l’heure où les conflits sont de plus en plus nombreux, que les clivages nous apparaissent plus violents les uns que les autres, il paraît essentiel de nous demander si nous pouvons collectivement guérir de la violence. Les auteurs de l’ouvrage Guérir de la violence, PIERRE ANGOTTI et MUSTAPHA BENCHENANE, ce dernier étant entre autres conférencier au Collège de défense de l’OTAN, tentent de faire la genèse de la violence du monde en nous présentant des expériences positives de coexistence qui nous permettraient d’espérer encore aujourd’hui la possibilité d’un monde plus juste et plus égalitaire. En abordant les questions de pouvoirs religieux et étatiques, les coauteurs se questionnent sur notre capacité à vivre ensemble alors que l’individualisme semble prévaloir. L’humanité démontre-t-elle aujourd’hui une empathie assez forte pour contrer les terreaux fertiles de la violence ?

(Éditions Médiaspaul, 2025, 240 p., 32,95 $, 9782897604684.)

Poésie

11 I Ancien chef du bureau de l’Agence France-Presse à Jérusalem, le journaliste GUILLAUME LAVALLÉE a voulu, dans le récit de guerre Gaza avant le 7 : Carnets d’un siège, publié aux Éditions du Boréal, aborder de façon humaniste les origines du conflit israélo-palestinien. En s’adressant à sa mère, qui commençait doucement à perdre la mémoire, l’auteur nous entraîne avec lui dans le quotidien gazaoui d’avant le 7 octobre 2023 : un quotidien précédant l’attaque du Hamas en Israël, mais surtout d’avant le 8 octobre et la réalité du génocide palestinien que nous connaissons aujourd’hui. Comment rendre compte à ceux et celles qu’on aime de la réalité d’un conflit qui s’infiltre dans la vie de tous les jours des habitants d’un territoire assiégé ? Gaza avant le 7, « la vie vivait. D’un coup, plus rien. Ou presque. »

(Éditions du Boréal, 2024, 240 p., 24,95 $, 9782764628591.)

12 I Juriste et rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, FRANCESCA ALBANESE a comme mission, depuis 2022, de livrer de façon impartiale une analyse juridique détaillée de la situation des droits de la personne des Palestiniens, et ce, de façon pro bono. À travers les voix de dix personnes qui ont marqué son parcours de rapporteuse, l’autrice de Quand le monde dort : Récits, voix et blessures de la Palestine aborde les génocides, le droit international, l’emprisonnement de mineurs et les occupations. Elle livre ainsi un témoignage éclairé, à la fois humaniste et juridique, sur la situation au Proche-Orient. Par ce récit initialement paru en italien et aujourd’hui traduit dans une quinzaine de langues, Francesca Albanese souhaite éveiller les consciences sur les crimes commis en territoire occupé. « Lorsque le monde dort, c’est à nous, peuples, de le réveiller. »

(Mémoire d’encrier, 2025, 264 p., 32,95 $, 9782898720642.)

13 I Renaître pour aller de l’avant, se réinventer pour réinventer la vie, en remettant en question notre rapport à la mort, aux autres, à la vie ou encore à la laïcité. Dans son plus récent ouvrage, La mort, la vie toujours recommencée : Essai sur l’au-delà de la violence publié chez Leméac, l’écrivain YVON RIVARD nous invite à faire un pas de recul pour considérer le monde qui nous entoure. À 80 ans, l’essayiste continue de penser que la littérature a le pouvoir de « nous enraciner et nous titrer vers le haut, nous apprendre à créer le monde plutôt que de [le] subir. » Au fil de la quarantaine de textes qui constituent cet essai, le souci de l’autre et l’ouverture à l’universel alimentent les réflexions de l’auteur pour qui prendre congé du monde n’est pas une option.

(Leméac, 2025, 312 p., 29,95 $, 9782760994980.)

14 I En ces temps incertains, on a parfois l’impression d’être avalés par tout ce qui nous entoure. C’est un peu ce que ressentait la plus jeune fille de MATHIEU BÉLISLE lorsqu’elle lui a demandé : « Papa, est-ce que c’est vrai que le monde va brûler ? » C’est pour prendre le temps de lui répondre pleinement que l’auteur a écrit Une brève histoire de l’espoir, publié chez Lux Éditeur. Dans cet ouvrage, l’essayiste nous démontre, par de courts fragments laissant souvent place à la réflexion, que, depuis que le monde est monde, l’espoir fait vivre. Allumer un feu pour se réchauffer, se reconstruire après les guerres, l’espoir est présent pour éviter la combustion du monde. L’espoir est comme un horizon meilleur, qui fait dire à Mathieu Bélisle que « dans la constitution de tous les pays, il faudrait inscrire le droit à l’horizon. »

(Lux Éditeur, 2025, 184 p., 24,95 $, 9782898332296.)